Depuis une quinzaine d’années, la marche nordique a conquis les sentiers, les parcs… et le cœur de millions de pratiquants. Sport de santé par excellence, complet et accessible, il permet à chacun de profiter pleinement des bienfaits de la nature. Activité peu exigeante en matériel, elle s’adapte à son environnement proche et offre une progression rapide.
Pourtant, en parcourant internet et les réseaux sociaux, tout semble devenir bien plus complexe. Les « méthodes » prolifèrent, les marques déposées s’empilent et les vidéos millimétrées se multiplient. Chaque coach — ou presque — ambitionne d’inscrire son nom au fronton des « experts », en dévoilant une pratique inédite ou en vantant un stage « révolutionnaire ». Dans le même temps, des rivalités apparaissent afin de savoir qui sera le plus beau modèle.
Si chacun reste libre de faire le tri et de choisir son école, la marche nordique ne sort pas gagnante de cette guerre de clochers, teintée d’égos. Soyons lucides : la énième méthode miracle ne fait généralement que réinventer… l’eau chaude !
La biomécanique ne ment pas…
En tant qu’éducateurs sportifs, notre responsabilité s’appuie sur la science du mouvement, la physiologie humaine et l’anatomie. Or, celles-ci ne changent pas au gré des concepts marketing.
Directement issu du ski de fond, le geste fondateur de la marche nordique repose sur des principes simples et immuables : l’engagement du haut du corps et le travail des chaînes musculaires postérieures, qui entraînent naturellement un redressement postural.
Si vous souhaitez apprendre la marche nordique, nous vous invitons avant tout à laisser de côté les théories complexes. Revenez aux fondamentaux, qui demandent souvent plus de relâchement et de détente que de concentration !
Ces théories ultra-analytiques cherchent à décortiquer chaque geste pour imposer un modèle unique : le mouvement parfait. Avec, en filigrane, une vision simpliste qui opposerait les « bons » marcheurs nordiques aux autres.
Évidemment, la marche nordique conserve ses spécificités — il ne s’agit pas simplement de promener ses bâtons pour en tirer tous les bénéfices —, mais imposer un modèle rigide à tous montre vite ses limites.
… mais nous ne sommes pas tous identiques
Ces limites se résument en une certitude : chacune et chacun de nous possède sa propre morphologie et sa propre manière de fonctionner. Nous ne possédons ni les mêmes prédispositions physiques, ni la même motricité. Nos « Préférences Motrices » diffèrent, comme l’ont démontré de nombreuses études, notamment en Suisse au sein du laboratoire Volodalen dirigé par Cyrille Gindre. Cette approche le confirme : une technique universelle n’existe dans aucun sport. Chaque individu organise naturellement son corps pour bouger, produire de la force et s’équilibrer.
Les traileurs courent-ils tous de la même façon ? Les cyclistes grimpent-ils les cols dans la même position ? Les tennismen frappent-ils la balle de manière identique ? À toutes ces questions, la réponse est sans appel : non.
Les marcheurs nordiques ne font pas exception. Chercher à tout prix à copier un modèle théorique unique est une impasse. Que les encadrants de clubs se rassurent : si certains pratiquants peinent quelque peu à allonger leur foulée, à s’étirer ou à se propulser, il se peut que ce soit … parfaitement naturel.
Nous reviendrons en détail dans un prochain article sur cette notion de « Préférences Motrices » qui peuvent donc expliquer les difficultés de certains pratiquants à se transformer en « parfait marcheur nordique ». Nous présenterons notamment les profils « Terrien » et « Aérien » afin d’aider notamment les animateurs de club à comprendre les limites de la modélisation.
D’ici là, profitons tous des bienfaits de la marche nordique, de son accessibilité et de sa simplicité.
Eric Géhin
Éducateur sportif BE
DU Biologie de l’Entraînement
Spécialiste Préférences Motrices
Formateur et encadrant marche nordique
25 ans d’expérience

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